De la nécessité de retarder sa disponibilité au monde.
Aux notifications, aux emails, aux messages, aux discussions de groupe,
aux pubs à supprimer, aux réductions à consulter, aux sollicitations, aux likes,... sauf si nécessaire bien sûr.
Parce que le monde n’arrêtera pas de tourner si tu ne le fais, par contre ne pas le faire te laisser l’opportunité d'atterrir de ta nuit, de t’étirer, ressentir ton corps, si tu as soif, si tu as faim, d’embrasser l’instant et la journée qui s’annonce, sans être instantanément dans une posture de réaction.
Et pourtant je suis du matin, en pleine forme au réveil. Malgré cela, c’est l’un des geste qui a été le plus puissant pour moi. Ne pas me mettre dans une posture de réaction aux sirènes du monde. Je ne parle bien entendu pas des êtres vivants rencontrés en chemin, qui appellent un bonjour, un câlin, un petit dèj, un arrosage, un regard. Justement. Ne pas être disponible à son téléphone et au monde non immédiat rend la possibilité d’une interaction posée, non tiraillée ou éparpillée.
Je ne dis pas que c’est facile de changer cette habitude. Il est possible (ou pas) qu’il y ait une petite tension interne, un truc qui attire vers le téléphone. Mais commencer sa journée en dansant, s’étirant, dégustant, accordant son attention à ce(ux) qui est/sont présents c’est aussi simple que transformateur.
Issue d'une génération qui a grandi sans téléphone, sans cette sollicitation sans fin. Adulte je crois pouvoir observer le caractère pratique de l’objet, mais aussi d’une tension interne générée, d'une tendance à la fuite, à la compulsion, à ne pas se poser et rencontrer éventuellement l’inconfort du silence, de l’ennui, de rencontrer ce qui peut être caché sous un brouhaha sans fin, et je crois que la capacité à rencontrer cet inconfort, l’altérité aussi, plutôt que de se cocooner dans un microcosme virtuel qui s'auto valide à coup d’algorithme de recommandations, est indispensable. Récemment j’ai vu des soirées dans lesquelles est donnée la possibilité de discuter avec quelqu’un ayant un autre point de vue. On en est là. A force d’avoir sorti de nos vies l’inconfortable, la nécessité d’organiser des moments de rencontre de l’altérité. Décoïncider d’une réalité adéquate pour laisser place à l’inattendu, l’inouï, le surprenant, le nouveau…
Tout ça pour dire que ne pas être disponible au monde au réveil est bien plus que cela. Il permet la rencontre avec ce qui est, et c’est à partir d’un monde réel, non dicté, que - je crois - le moment se rencontre les yeux grands ouverts et les idées claires <3